N° 527 – Ecouter
Ecouter
C’était autrefois, au cours d’un camp-randonnée à vélo, un jeune avait installé son transistor sur le porte-bagage avant de son vélo. Aujourd’hui, il aurait simplement mis un casque pour parcourir les routes en écoutant sa musique. Avait-il peur du silence ? Peur de se retrouver face à lui-même avec ses propres pensées, ses rêves, ses désirs ? Quelle belle expérience que de marcher dans la nature, tout simplement, en écoutant. Alors, traversant les rues boisées, c’est le rouge-gorge que nous entendrons chanter et plus discrète, la mésange ou le pouillot véloce, la mélodie répétitive du pinson ou le cri du merle que l’on dérange. Et si la route nous conduit dans les champs, ce sera le chant de l’alouette que nous écouterons, le croassement des corneilles et au loin peut-être le cri du faisan. C’est le chant de la création auquel nous pouvons nous unir pour en glorifier le créateur. Tertullien, un père de l’Eglise du 3° siècle, conclut son traité sur la prière en imaginant la prière des animaux eux-mêmes ; ainsi le vol des oiseaux élève son coeur vers le Seigneur : « Les oiseaux eux-mêmes, le matin, prennent leur envol et montent vers le ciel, ils étendent leurs ailes en forme de croix, comme on tend les bras, et disent quelque chose qui semble une prière » Notre regard mais surtout l’écoute nous permettent de voir la création autrement que comme un objet dont on use et abuse. Elle nous rappelle notre vocation d’humain « créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur » comme l’écrit Saint Ignace au début de son petit guide de retraite.
Dans sa lettre pour le carême de cette année, le pape Léon attire notre attention aussi sur l’importance de l’écoute, « car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre,» écrit-il. Cette capacité à écouter, nous l’exerçons ainsi dans l’écoute de la Parole de Dieu ; elle nous permet de l’accueillir non seulement comme une information, mais de l’accueillir au plus intime de notre coeur et d’y reconnaître le Seigneur qui désire nous rencontrer , nous faire vivre dans son alliance.
Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité c’est aussi «se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui, jusqu’à reconnaître que la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église»
Abbé. Guy Pillain
