N°539 – La triche
feuilleparoissialeN539 – À l’approche des examens, et notamment du baccalauréat, les établissements scolaires s’équipent désormais de détecteurs d’ondes afin de lutter contre l’usage des téléphones et le recours à l’intelligence artificielle pendant les épreuves.La fraude existe sans doute depuis que l’homme existe. Pourtant, les enjeux qu’elle revêt aujourd’hui prennent une ampleur nouvelle. Peut-on encore faire confiance à un professionnel qui ne maîtrise plus réellement son savoir ? Que devient une société où la compétence n’est plus le fruit de l’effort, mais celui de l’assistance permanente ? J’imagine alors le tribunal céleste au temps de l’intelligence artificielle, du transhumanisme et de l’humain dit « augmenté ». Au terme de ma route, je me présente devant saint Pierre, fort d’ondes extra sidérales destinées à compenser mes faiblesses, persuadé qu’elles me permettront d’obtenir le sésame ouvrant les portes du Royaume.
Mais que vaut une vie bâtie sur la supercherie, le faux-semblant et la délégation systématique de ce que nous avions mission d’accomplir nous-mêmes ? « Qu’as-tu fait de ton frère ? » demande Dieu à Caïn. « N’étais-tu pas le gardien de ton frère ? » Et que deviennent alors les paroles du Christ : « J’avais faim et tu ne m’as pas donné à manger ; j’étais étranger et tu ne m’as pas accueilli ; j’étais malade ou en prison et tu ne m’as pas visité. »
À la question : « Quand cela est-il arrivé, Seigneur ? », la réponse pourrait résonner ainsi : « Chaque fois que tu as laissé à d’autres le soin d’aimer, de servir ou de secourir à ta place, alors que tu pouvais le faire toi-même. » Je pense aussi à toutes ces fois où Jésus dénonce l’hypocrisie des pharisiens. Car la tentation n’est pas seulement de paraître plus savant que l’on est ; elle est aussi de paraître plus juste, plus charitable ou plus vertueux que l’on ne vit réellement.
L’avenir inquiète lorsqu’il devient difficile de faire confiance à la parole, au jugement et à l’intelligence de celui que nous consultons. Une société ne peut se construire durablement sans confiance, et la confiance naît de l’authenticité. Comme le chante Jean-Jacques Goldman : « Quand la musique est bonne. Quand la musique donne. Quand la musique sonne, sonne, sonne, quand elle ne triche pas… ». Ces paroles dépassent le seul domaine de la musique. Elles nous rappellent qu’il existe une beauté particulière dans ce qui est vrai, simple et sincère.
Une chose est sûre, Seigneur : en toi est ma confiance. Tu connais mes forces comme mes fragilités. Je n’ai rien à te prouver, rien à dissimuler. Vraiment, tu guides mes pas. « Seigneur, tu me scrutes et tu sais ; tu sais quand je m’assois et quand je me lève ; de loin, tu pénètres mes pensées. Tous mes chemins te sont familiers. Avant même qu’un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le connais. Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée ; éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur. » (Psaume 138)
Plus que jamais, nos contemporains attendent de nous l’authenticité. Sachons être à la hauteur de cette attente.