N°545 – La Gratitude

feuille paroissiale N 545
J’espère que le dernier mot que je prononcerai au jour du grand départ sera : « Merci ».
Une dernière fois, avant le dernier souffle : « Merci ».
Merci pour tout ce chemin parcouru en votre compagnie. Merci pour cette famille humaine et spirituelle, riche de générosité, de fidélité et d’amour partagé. Je n’ai pas rencontré la perfection, mais j’ai rencontré la sainteté : celle qui se cache dans les vies ordinaires, dans les gestes simples, dans les cœurs qui se donnent.
J’ai tant reçu : le goût de servir, de penser aux autres avant moi-même, de ne jamais fuir devant les difficultés, de demeurer habité par la confiance et, plus encore, par l’espérance. Car, au bout du bout, ce n’est pas la haine qui aura le dernier mot, mais bien l’amour.
Je rends grâce pour cette longue chaîne d’éducateurs : femmes et hommes, adultes, jeunes et même enfants, tous porteurs d’une sagesse parfois discrète, toujours précieuse, malgré leurs fragilités et leurs imperfections. Tous ont contribué à me façonner.
Je pense d’abord à mes parents et à ma famille, aux instituteurs et aux professeurs qui ont éveillé ma curiosité, aux prêtres et aux religieuses, aux « dames catéchistes », aux adultes engagés dans les mouvements, aux communautés chrétiennes de l’Ardrésis au Montreuillois. Je pense aussi à la fac, (la Catho de Lille) et à cette merveilleuse bande d’amis fidèles depuis plus de cinquante ans, aux formateurs du séminaire interdiocésain de Lille, aux prêtres aînés et à mes frères prêtres, au Prado et à cette belle équipe qui se retrouve mois après mois.
Tant de visages, tant de prénoms, tant d’histoires reçues en partage qu’il m’est heureux de revisiter chaque jour dans ma prière.
Il y eut des épreuves, des blessures, des deuils, mais aussi des résurrections. Il y eut des instants de bonheur intense, de ces moments où le ciel semble déjà entrouvert. Et toujours le Seigneur était là : me tenant par la main, m’empêchant de sombrer dans l’abîme de mes infidélités, semant tout au long de la route ces petits cailloux blancs, ces clins Dieu de sa présence, ces rencontres providentielles qui guident, rassurent et soutiennent.
Merci à mes supérieurs qui m’ont confié de belles responsabilités, avec confiance, en respectant mes charismes autant que mes limites. Je ne regrette pas d’avoir un jour mis mes mains dans celles de mon évêque : ce geste fut pour moi l’expression d’une confiance absolue, celle de celui qui accepte de ne jamais être plus grand que son Maître, mais de demeurer humblement son serviteur.
Que Dieu, et que toutes celles et ceux que j’ai pu blesser par mes paroles, mes silences, mes maladresses ou mes lâchetés, m’accordent leur pardon.
Au bout du bout, je ne regrette rien. Je rends grâce et je bénis cette vie reçue, si riche, si inattendue, si exaltante. Rien n’est dû au hasard. La vie est un miracle : il y a une source qui jaillit, il y a une lumière qui éclaire le chemin, il y a un Avenir.
Cet Avenir, c’est Toi, Seigneur, Dieu de bonté et de miséricorde.
Je Te loue, je Te chante, je Te rends grâce.
Oui, que le dernier mot qu’un jour, au terme de cette vie, je prononcerai soit :
Merci.