N° 523 – Pas de cancans !
Et si, cette année, nous prenions au sérieux l’invitation du Pape Léon XIV et faisions du carême un véritable jeûne des paroles blessantes ?
On parle souvent d’abstinence alimentaire, d’efforts visibles, de privations concrètes. Mais qu’en est-il de cette autre faim, plus discrète et pourtant si répandue : celle de médire, de commenter, de juger, de réagir à chaud ? Renoncer aux mots qui heurtent est sans doute l’un des sacrifices les plus exigeants. Les paroles tranchantes sortent vite, parfois presque malgré nous. Elles soulagent l’instant… et laissent des traces durables.
« Désarmer le langage » : l’expression est forte. Elle dit bien que les mots peuvent devenir des armes. Jugements hâtifs, critiques d’absents qui ne peuvent se défendre, insinuations, calomnies… Combien de relations fragilisées, combien de communautés divisées par quelques phrases lancées sans précaution ? Nous savons tous, pour l’avoir vécu, une parole peut casser, briser la confiance, détruire une réputation en quelques secondes.
Dieu nous a donné deux oreilles et une bouche : n’est-ce pas une invitation à écouter deux fois plus que nous ne parlons ? « Tourne ta langue sept fois dans ta bouche », disait maman. Cette sagesse populaire rejoint l’Évangile : mesurer ses mots, c’est déjà aimer. Car entre l’émetteur et le récepteur, il y a toujours un écart. Ce que je crois anodin peut être reçu comme une blessure. Ce que je pense clair peut devenir ambigu, voire violent.
Et si ce carême devenait un laboratoire de paix ? Dans nos familles, entre amis, sur nos lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques et jusque dans nos communautés chrétiennes, choisissons la bienveillance. Remplaçons l’ironie par l’encouragement, la rumeur par le silence, la critique acerbe par une parole d’espérance.
Alors, peu à peu, les mots de haine céderont la place à des mots qui relèvent. Le carême ne sera plus seulement un temps de privation, mais un apprentissage. Celui de devenir des hommes et des femmes épris de paix, artisans de réconciliation, capables de bâtir avec leurs paroles ce que d’autres détruisent
Bon Carême et bonne semaine
Abbé Bruno


